Dans le vin, les spiritueux et les produits d’exception, la confiance se fabrique dans le temps long. Elle s’appuie sur une origine, un geste, un parcours, une conservation, une transmission. Et souvent, sur un moment vécu qui finit par compter autant que la bouteille elle-même. Ce qui manque le plus, ce n’est pas l’information en soi. C’est sa continuité.
La preuve ne disparaît pas, elle se disperse
On vit avec une illusion confortable : si quelque chose est vrai, alors cela devrait être prouvable. Dans la réalité, la preuve se construit par morceaux, sur des supports différents, à des rythmes différents, par des acteurs différents. Elle existe, mais elle se fragmente.
Cette fragmentation n’a rien de moral. Elle est mécanique.
- Chaque acteur a ses outils, ses obligations, ses habitudes.
- Chaque transfert de main est un point de friction.
- Chaque changement d’unité de référence fait perdre de la précision.
Et c’est souvent là que le fil casse.
Le point de rupture le plus banal est aussi le plus décisif : la caisse ouverte
Pour le vin, l’unité de référence est fréquemment la caisse ou le lot. Tant que la caisse est fermée, le récit tient à peu près. Une fois ouverte, la vie réelle commence vraiment, à l’unité. Or, dans la plupart des approches classiques, l’ouverture agit comme une frontière. Le suivi devient flou, parce qu’on ne sait plus passer du collectif (la caisse) au singulier (le flacon).
Cav:Chain part précisément de ce constat et pose une réponse structurante : l’ouverture n’est pas une fin de chaîne, c’est un changement d’échelle.
Dans le livre blanc, cette logique est décrite comme une chaîne de vie complète :
- vin : NFT Caisse (ERC-721) puis, à l’ouverture, génération des NFT Bouteilles (ERC-1155), et la trajectoire se poursuit bouteille par bouteille
- spiritueux premium : logique unitaire directe, le flacon est représenté dès le départ sans passer par une caisse
Autrement dit : la granularité n’est pas un “bonus”. C’est la condition pour que la preuve cesse de se perdre au moment même où le produit devient vivant.
Cav:Chain n’est pas une traçabilité logistique de plus
C’est un point à poser sans ambiguïté.
La logistique suit des flux. Cav:Chain suit une trajectoire. La différence est importante : Cav:Chain ne cherche pas seulement à documenter un transport ou une livraison, mais à maintenir un dossier vivant d’événements et de contenus attribués, qui accompagne le produit dans le temps, y compris quand le lot se défait et que l’unité commence sa vie propre.
Le dossier vivant comporte deux registres, volontairement distingués :
- la preuve : événements structurés, attribués, vérifiables, avec des états on-chain
- la mémoire : ce qui est vécu, raconté, illustré, conservé, sans confusion avec l’attestation d’origine
C’est cette distinction qui évite de transformer Cav:Chain en simple “certificat”. Et c’est aussi ce qui donne une place juste au consommateur.
Ce qui se perd après la vente est aussi un problème
Beaucoup de dispositifs s’arrêtent au moment où le produit change de main. Or, pour un produit d’exception, la valeur d’usage, au sens culturel, se joue souvent après : l’ouverture, la dégustation, le contexte, la transmission d’un flacon à quelqu’un, parfois des années plus tard.
Le manifeste formule l’idée de façon très nette : lorsque le produit est ouvert, la mémoire demeure. Rien n’est brûlé. Rien n’est effacé.
Techniquement et contractuellement, Cav:Chain refuse le mécanisme de destruction. Le cycle de vie repose sur une évolution d’état, jusqu’au Souvenir, et non sur un burn.
Cela a deux conséquences utiles :
- la trace n’est pas effacée par la consommation, elle change de statut
- l’objet consommé peut continuer d’exister comme mémoire transmissible, enrichie par son détenteur (photos, notes, signatures)
Le rôle de chacun reste lisible
Un danger fréquent, quand on parle de mémoire communautaire, est de mélanger les rôles.
Dans Cav:Chain, le producteur atteste ce qui relève de son périmètre. Le caviste ou le distributeur atteste ce qui relève du sien. Le consommateur ne remplace pas ces attestations, il contribue à autre chose : la mémoire d’usage.
Et cette contribution est encadrée : les CGU posent explicitement un cadre de publication et de modération des contenus “Souvenirs”, avec une gouvernance éditoriale limitée, destinée à garantir la conformité et la qualité.
Ce que Cav:Chain considère comme le vrai problème
Le problème n’est pas “il manque des données”.
Le problème, c’est que :
- la continuité se fragmente entre acteurs
- la granularité casse au moment de l’ouverture d’une caisse
- la trace s’arrête souvent à la transaction, alors que la vie du produit continue
- la mémoire d’usage, celle qui fait culture, se perd plus vite que tout le reste
Et c’est exactement ce que Cav:Chain choisit de traiter, sans promesse excessive, en restant dans un rôle volontairement limité : relier, tracer, attester, transmettre.
