Dans le vin, les spiritueux et les produits d’exception, on confond facilement deux gestes qui n’ont pas le même poids : reconstituer un historique, et attester un fait.
Cette confusion est coûteuse. Elle alimente des promesses implicites, des malentendus techniques, et parfois des litiges très concrets quand un doute apparaît. Cav:Chain part d’un principe simple : un outil de preuve n’a de valeur que si ses mots sont stables, et si ses limites sont lisibles.
Traçabilité : reconstruire un fil, pas produire une vérité
La traçabilité, au sens strict, est la capacité à reconstituer un historique d’événements relatifs à un produit, à partir de sources identifiables. Ce fil peut être plus ou moins continu, plus ou moins précis, plus ou moins lisible. Mais il reste un fil.
Dans Cav:Chain, la traçabilité prend la forme d’un dossier vivant d’événements et de contenus attribués, qui accompagne le produit dans le temps, y compris quand on change d’échelle (caisse, puis bouteille).
Ce que la traçabilité permet de dire correctement : quels événements ont été enregistrés, quand, par qui, selon quelles règles du système.
Ce qu’elle ne permet pas de dire, par elle-même : ce qui s’est passé entre deux événements non documentés, l’état réel du produit sans contrôle physique, ou une garantie générale sur ce qui n’a pas été observé.
Attestation : prendre la responsabilité d’un fait, à un titre précis
Attester, c’est autre chose. C’est déclarer un fait en engageant sa responsabilité, à un titre donné.
C’est un point volontairement verrouillé dès les fondations du projet : chaque événement n’a de sens que si l’on sait qui l’a déclaré, à quel titre, et avec quel niveau de preuve. Cav:Chain ne remplace pas les professionnels. Il clarifie ce que chacun atteste, et ce que personne n’atteste.
Exemples simples, parce que c’est là que tout se joue
Un producteur peut attester l’origine, le lot, certaines conditions de mise en bouteille ou de sortie de chai, dans la limite de son périmètre.
Un caviste peut attester une réception, une entrée en stock, une conservation sous certaines conditions, mais aussi une sortie de stock lorsqu’elle est de son fait (vente, remise, préparation d’expédition), dans la limite de ce qu’il maîtrise et documente.
Et il y a un cas souvent oublié, pourtant essentiel : l’usage. Si l’ouverture ou la dégustation se produit dans un cadre qu’un acteur opère réellement (dégustation en boutique, service encadré, événement), cet acteur peut attester ce moment comme un fait d’usage. Cela n’atteste pas l’origine. Cela atteste un événement daté dans la trajectoire, qui pourra ensuite être enrichi par la mémoire (photo, note, contexte).
Côté utilisateur, la logique est la même, mais avec un périmètre différent : l’utilisateur n’atteste pas l’origine à la place du producteur. Il atteste ce qu’il a vécu. Et c’est précisément cette part humaine qui disparaît le plus vite si elle n’est pas tenue.
Cav:Chain organise une grammaire de faits, avec leurs niveaux de preuve
Le point clé, et il vaut d’être posé tôt : Cav:Chain ne promet pas de tout savoir. Il organise une lecture. Une grammaire de faits, avec leurs preuves, leurs niveaux de confiance, et leurs zones de silence.
Cette lecture repose sur une distinction opérationnelle, simple à formuler et difficile à tenir si on ne l’écrit pas :
- ce qui est établi
- ce qui est déclaré
- ce qui est corroboré
- ce qui reste inconnu
L’objectif n’est pas de faire porter aux domaines une charge documentaire disproportionnée, mais de rendre lisible ce qui est déjà maîtrisé.
Ces mots servent à éviter deux dérives opposées : croire que tout est prouvé, ou croire que tout se vaut.
La chaîne de vie, et la place de la sortie (vente, ouverture, consommation)
Un biais courant consiste à ne considérer comme “événements sérieux” que l’entrée en stock ou la livraison. Cav:Chain considère au contraire que la sortie est un événement structurant, parce que c’est là que le produit bascule dans la vie réelle.
Le livre blanc modélise explicitement une chaîne de vie complète : caisse, ouverture, bouteilles unitaires, consommation, puis basculement en Souvenir. Les transitions sont pensées comme des événements, pas comme une fin de suivi.
Et les CGU cadrent ce point sans ambiguïté : l’ouverture d’une caisse ou la consommation d’une bouteille est un acte volontaire et irréversible, qui entraîne la transformation du NFT correspondant en NFT Souvenir. Une fois transformé, le NFT ne donne plus droit à la livraison du bien physique.
C’est là que se joue la singularité “mémoire” : la chaîne ne se rompt pas quand le flacon sort du stock. Elle change de régime. On passe d’un registre principalement transactionnel et logistique à un registre d’usage, puis à un registre de mémoire.
Les rôles ne sont pas figés : maillon un jour, utilisateur le lendemain
Un point mérite d’être explicite, parce qu’il change la lecture de toute la plateforme : les rôles ne sont pas des statuts, ce sont des positions dans une trajectoire.
Un même acteur peut n’être qu’un maillon à un instant, puis redevenir un utilisateur à un autre. On peut recevoir, conserver, transmettre, revendre, ouvrir, consommer. Cav:Chain ne sacralise pas une abstraction. Il suit une trajectoire et des états. Et c’est précisément là que la mémoire devient intéressante : elle documente le devenir du flacon au moment où il sort du circuit logistique et entre dans la vie réelle.
Répartition des responsabilités : plateforme, producteurs, utilisateurs
Cette distinction traçabilité / attestation n’a d’intérêt que si les responsabilités restent nettes.
Le cadre juridique et contractuel le pose clairement : Cav:Chain agit en qualité d’opérateur de marketplace à intervention encadrée, organise le cadre technique, contractuel et organisationnel, et n’est ni vendeur, ni dépositaire, ni prestataire de services financiers ou de conservation d’actifs numériques.
La répartition des responsabilités est, elle aussi, explicitée : Cav:Chain est responsable du cadre et de l’organisation des mécanismes de traçabilité et de gouvernance. Les producteurs partenaires sont responsables de la conformité, de la qualité, de la conservation et de la livraison des produits. Les utilisateurs restent responsables de leurs moyens d’accès, de leurs wallets (portefeuille numérique), et des décisions relatives à la livraison, à l’ouverture ou à la transformation des NFT.
Enfin, la mémoire n’est pas un “mur libre”. Les CGU prévoient la publication de contenus associés aux Souvenirs et une gouvernance éditoriale limitée (modération, conformité, droits des tiers, ligne éthique et qualitative).
